Le Groenland et la clef

Le discours de Donald Trump au Forum de Davos n'a laissé planer aucun doute quant à ses intentions envers le Groenland. La marche vers l'annexion est semée d'embûches ; l'attitude des États-Unis pourrait néanmoins inciter l'Europe à développer une diplomatie plus affirmée.

Le discours de Donald Trump au Forum de Davos n'a laissé que peu de doutes sur les intentions des de celui-ci à l'égard du Groenland. Si la marche vers l'annexion est encore longue, l'attitude des Etats-Unis pourrait cependant servir à l'invention d'une diplomatie européenne qui ne demande qu'à s'imposer.


Un autre Iran. Mais lequel…

En déclarant demander un « bout de glace en échange de la paix mondiale », Donald Trump inflige une double humiliation aux Européens et plus largement au monde entier considérant que seuls les Etats-Unis sont capables d'assurer la paix tout en réduisant le Groenland et sa population à un vulgaire bout de glace.

En quelques mots, le président américain démontre tout le mépris qu'il nourrit à l'égard du Vieux continent faisant du monde qui l'entoure un supermarché géant où tout s'achète et tout se vend. Or la question groenlandaise renvoie en filigrane à la sécurité de l'Arctique et des voies maritimes qui le traversent aujourd'hui, et demain en raison du réchauffement climatique.

Sur ce point, il est difficile de ne pas donner raison au locataire de la Maison Blanche qui, comme d'autres, redoute l'appétit territorial de Vladimir Poutine, la Russie étant aussi concernée par la question Arctique et prompte à saisir une opportunité s'il devait s'en présenter une.


Donald Trump, son droit et son monde


Gueule de bois

Velléités expansionnistes

Dans une forme de schizophrénie géopolitique, Donald Trump flatte donc le Kremlin afin de mettre fin au plus tôt au conflit qui l'oppose à l'Ukraine mais dans le même temps, cherche à placer ses pions afin de contrôler toutes velléités expansionnistes de l'ancien agent du KGB dans la région polaire, s'adjugeant au passage les ressources minières d'une île qui en regorge.

Parallèlement, outrés et à raison devant l'entreprise nord-américaine visant à annexer le Groenland, les Européens savent pourtant combien il leur serait très difficile de contrecarrer de potentielles visées russes sur le Groenland et ce au regard de leur action, sincère, mais finalement limitée dans le conflit ukrainien. Encore dépendant des Etats-Unis dans le cadre du règlement de la paix en Ukraine, les Européens sont pris au piège de leur propres faiblesses : s'opposer à Donald Trump dans la question groenlandaise c'est potentiellement prendre le risque de voir ce dernier quitter la table des négociations à Kiev et de fait abandonner l'Ukraine au sort des Russes. On notera aussi la discrétion du Kremlin dans cette affaire groenlandaise, peu enclin à se priver d'un partenaire de négociations globalement conciliant avec la Russie.


Gueule de bois

Ambiguïtés et orientation

Il est donc à craindre qu'à plus ou moins long terme, le Groënland ne finisse par tomber dans l'escarcelle des Etats-Unis de Donald Trump. Le Congrès, pour l'heure silencieux, au contraire de certains membres de la sphère MAGA soucieux de voir le Président américain se recentrer sur les affaires intérieures, jouer sur les ambiguïtés d'une question cornélienne : Laisser le Groenland à son destin souverain au risque de se priver de ressources utiles au regard de l'orientation technologique de l'économie de demain (via l'intelligence artificielle notamment), sans compter la  potentielle menace russe, ou soutenir le président Trump en cautionnant de fait que ce dernier bafoue allègrement le droit international et les règles de l'OTAN.

In fine, il apparaît que la diplomatie de Donald Trump a redessiné les lignes de la géopolitique mondiale face à des Européens médusés, dépassés par leur propre inertie, poussant à penser que Donald Trump pourrait s'avérer la clef d'une liberté diplomatique et défensive européenne désormais à inventer et à imposer.


Le Compromis et les Sauterelles

 

Bio: Olivier Longhi possède une vaste expérience en histoire européenne. Journaliste chevronné avec quinze ans d'expérience, il est actuellement professeur d'histoire et de géographie à la région de Toulouse en France. Il a occupé divers postes dans le domaine de l'édition, notamment ceux de chef d'agence et de chef de l'édition. Journaliste, blogueur reconnu, éditorialiste et chef de projet éditorial, il a formé et dirigé des équipes éditoriales, a travaillé comme journaliste pour différentes stations de radio locales, consultant en presse et en édition et consultant en communication.

Haute Tease

Arts / Culture